Henry Mathias BERTHELOT, cousin Henri

 

Né a Feurs le 7 décembre 1861, mort à Paris le 29 janvier 1931

Général de Division durant la Première Guerre Mondiale, Aide Major Général de Joffre en 1914 (1ere Bataille de la Marne), Chef de la Mission Militaire en Roumanie (1916-1917), Commandant de l’Armée du Danube qui lutte en 1918-1919 contre les Russes Rouges, Gouverneur Militaire de Metz puis de Strasbourg.

 

 

 

Cousin Henri 

Nervieux, le 12 août 1976. Ce furent mes dernières vacances dans la maison de famille qui respirait cette odeur de poussière et de salpêtre. Pour accéder au salon, il fallait descendre deux marches et là, nous tombions dans l’univers de Cousin Henri, le cousin germain de mon arrière grand père Claudius. Son portrait en pieds trônait dans le salon (il est resté dans la Famille) 

Sa vitrine avec toutes ses décorations. Et dans les armoires, ses lettres, ses boites de cigarettes roumaines, etc… D’où que vous étiez dans cette pièce, ces yeux vous regardaient avec bienveillance… C’était le héros de la Famille, mort sans postérité connue. C’était la figure tutélaire de cette maison…

Ce quasi-ancêtre a pour insigne privilège d'avoir joué un rôle déterminant avant-guerre, puis dans la première victoire de la guerre (La Marne) et dans la dernière victoire de la guerre (la conquête de la Hongrie fin 1918/début 1919). Donc, pour simplifier et sans parti pris affectif, il a gagné la première et la dernière bataille de la guerre de 14 ! Tout le monde n'a pas d'aussi illustre quasi-ancêtre dans sa famille !

 


General Berthelot

 

La Vie du Général 

Si vous voulez tout savoir de sa vie et son œuvre, Wikipedia est très pauvre en infos ; tapez « Berthelot www.verdun-meuse.fr » sur Google et surtout tapez « Traian Sandu berthelot » pour tout savoir sur le contexte géopolitique en Roumanie à l’époque et les conflits entre Cousin Henry et Franchet d’Esperey. L’historien roumain Traian Sandu suggère que Berthelot a fait sienne la cause de la Roumanie qui avaient monnayé en 1916 leur adhésion à la Triple Entente en contrepartie de gains territoriaux sur la Hongrie. Sauf que la Roumanie a du capituler devant les allemands début 1918 donc les alliés se sentaient libérés de leur promesse..... Mais pas cousin Henri... D'autres facteurs ont joué, comme la volonté de Poincaré de devenir le gendarme de l'Europe et de contenir le bolchévisme. Fin 1918, les trouves roumaines étaient très fiables, alors que les soldats français voulaient rentrer chez eux...

Il reste aussi deux ouvrages de référence que je vous recommande :

Henri-Mathias Berthelot (1861-1931) : du culte de l'offensive à la stratégie globale de Jean-Noël GRANDHOMME.

Sur les traces du Général Berthelot, de Michel ROUSSIN, ancien Ministre. Comme Cousin Henry, Michel Roussin est fils de gendarme, et il avait il y a quarante ans fait sa thèse sur lui, avant de lui consacrer un livre il y a deux ans.

 

Le contexte politico-militaire français avant 1914 

La Guerre de 14-18 a mené l’europe au suicide. Soit. Et Henri Mathias BERTHELOT, en tant qu’officier d’Etat-Major de 1900 à novembre 1914 (à deux brèves interruptions près), a joué un rôle déterminant dans la préparation de l’armée française puis dans les quatre premiers mois de la guerre où il était en charge des opérations au GQG (Grand Quartier Général) de début août jusqu’à sa mise à l’écart fin novembre. Pour simplifier, mon grand oncle était un des plus proches collaborateurs du Général BRUGERES (patron de l'armée de 1900 à 1906) puis de ses successeurs jusqu'à JOFFRE. A une période où la France était malade de son armée pour des tas de raisons :

  • Peur d'un putsch : la jeune République Française encore sous le coup du putsch avorté du général Boulanger en 1889 et craignait de voir un militaire prendre le pouvoir (POincaré, Président de la République en 1914, demeurait persuadé que Joffre voulait prendre le pouvoir).
  • Institution non démocratique : l'adoption du service militaire pour tous (Loi Freycinet) en 1889 a supprimé les dispenses aux bacheliers. Les milieux éduqués ont découvert à cette occasion les règles disciplinaires d'un autre âge, l'impunité des officiers supérieurs, etc. L'affaire Dreyfus n'est que la conséquence la plus visible de cette condamnation d'une institution non démocratique pas ses élites intellectuelles. L'armée avait très mauvaise presse.
  • Outil d'oppression : la république n'avait pas de force de police. En cas de troubles, c'est l'armée qui réprimait les manifestations ouvrières ou contre la séparation de l'église et de l'état. Les milieux populaires voyaient dans l'armée un instrument d'oppression.
  • Officiers catholiques : la grande majorité des officiers étaient catholiques à une époque où les rélations entre l'église et l'état n'étaient pas apaisées et où la République doutait de la fidélité des officiers dans un contexte de crise avec l'Eglise (séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905). Ce n'est qu'en 1890 que le Pape Leon XIIL a demandé aux catholiques français d'accepter la République.....Le ministre des armées, le Général André,  à partir de 1900, avait fiché les officiers selon leurs sympathies religieuses ou républicaines, les catholiques ne franchissaient plus le grade de Colonel, et les républicains étaient promus selon leurs affinités dans la Franc-Maçonnerie. C'est devenu l'Affaire des Fiches (1904) qui fera tomber le Gouvernement. A l'aube du conflit, de nombreux officiers de valeurs avaient été brimés dans leur carrière (Pétain, CAstelnau, Foch, etc.) là ou des incompétents ont été promus un peu vite.
  • Gouvernements de gauche : jusqu'à l'élection présidentielle de 1913 de Poincaré sur des thèmes de centre-droit, tous les gouvernements de la troisième république se sont appuyés sur les Républicains et parfois les radicaux, de sensibilité de gauche. Pour simplifier, la droite de l'époque était catholique et militariste et la gauche républicaine et avocate du pacifisme. Dans les débats budgétaires, l'armée n'avait pas bonne presse.
  • La faute à Jaurès ? entre 1905 et 1913, le budget militaire allemand s'est établi a 3.244 milliards de francs or (augmentation de 250%) là où le budget français n'était que de 1.280 milliards de francs-or (+50%) par la faute des mouvements pacifistes (et au premier rang Jean Jaurès) qui ont cru jusqu'au bout que les ouvriers allemands empêcheraient le Kaiser d'entrer en guerre. Chaque discussion budgétaire était l'occasion pour la gauche radicale de réduire les budgets de l'armée.  Si la France ne disposait pas d'artillerie lourde, si les effectifs de sous-officiers étaient très insuffisants à l'aube du conflit, c'est par manque d'argent. 

Bref, les allemands qui étaient la nation la plus peuplée d'Europe puis qui étaient devenus la première puissance militaire terrestre (les anglais conservaient la maîtrise des mers) puis la première puissance économique européenne, n'avaient que mépris pour l'armée française et pensaient n'en faire qu'une bouchée (6 semaines à partir du 3 août 1914). LA France était devenue une puissance militaire de second ordre à côté de l'Angleterre et surtout de la Russie. Le paradoxe de l'histoire, c'est que c'est un petit pays, la Belgique, dont la résistance héroïque a permis à la France de trouver le temps pour se ressaisir !

La faute à Jaurès ?

Revenons en aux budgets de l'armée avant 1914 et à ce grand homme que fut Jaurès. Jean Jaurès est une icône de l'action politique progressiste à la fin du XIXème siècle. A ce titre il mérite des louanges. En tant qu'ardant pacifiste qui a privé l'armée française en 1914 et 1915 des moyens de se défendre, il porte une responsabilité écrasante dans les massacres du début de la guerre.  Finalement, l'histoire a condamné Pétain pour fait de collaboration et Gamelin pour défaite en 1940 alors qu'ils ont joué un rôle essentiel dans la Grande Guerre, mais Jaurès demeure une icône alors que sa responsabilité dans le sous-investissement en matériel avant 1914 est écrasante. UN jour ses statues mériteraient  aussi d'être déboulonnées.

L'histoire a retenu qu'un obscur Colonel, camarade de promo de Cousin Henri,François  Loizeau de Grandmaison, avait conçu la doctrine de l'offensive à outrance. Cette paternité est imméritée, il a seulement eu le tort de donner deux conférences sur le sujet alors qu'il était à l'Etat MAjor et qu'il donnait des cours à L'Ecole de Guerre. En réalité, la doctrine de l'offensive était partagée par toutes les armées du globe (conviction que la guerre de mouvement trouverait une fin rapide grâce aux énormes progrès du matériel). Et que l'offensive à outrance chère aux français provenait du denuement en matériel des forces armées. On peut reprocher à Foch, qui était professeur à l'Ecole de Guerre et le véritable inspirateur des offensives d'aout 14 décides par Joffre, d'avoir accordé une trop grande confiance à son enseignement.

Et Henri Matthias Berthelot dans tout cela ?

Dans un contexte politique et budgétaire extrêmement difficile, Henri Matthias fait partie de ces jeunes officiers d'état-major (qualifiés de Jeunes turcs) qui ont contribué à remettre l'armée française dans la course, de tenir durant les premiers mois de la guerre, puis de créer les conditions de la victoire. Tout particulièrement, Henri Matthias  Berthelot a joué un rôle-clé à l’aube du conflit :

  • il a été l'un des plus proches collaborateurs de Joffre de 1911 a fin 1914 et il a en particulier joué un rôle essentiel dans l'adoption du Service Militaire à 3 ans qui était la seule réponse possible de la France pour disposer d'une armée d'active de taille comparable à l'armée allemande. L'armée française est ainsi passée de 450.000 a 780.000 hommes quand l'armée allemande passait à même époque de 650.000 a 820.000 hommes. Toutefois, la France manquait cruellement de sous officiers et d'officiers ce qui explique en partie les effroyables bains de sang de 1914 (la troupe était peu formée et insuffisamment encadrée)
  • Les budgets de l'armée avait été consciencieusement rabotés par les gouvernements successifs donc la France n'a pas pu se doter d'artillerie lourde mobile, le doublement des effectifs d'active ne faisait qu'aggraver la pénurie criante d'officiers et sous officiers (car mal payés), la France n'avait pas de doctrine d'emploi des mitrailleuses en pelotons (les mitrailleuses étaient dispersées donc peu efficaces) et la France n'a pas pu acheter les terres pour créer des camps d'entrainement de taille suffisante permettant de former efficacement les troupes à la coordination inter-arme (artillerie en fait). Malgré ces handicaps, Berthelot, en charge du 2ème bureau (le renseignement) et du 3ème bureau (les opérations) en 1914 a joué un rôle clé dans la réorganisation de l'armée juste avant la guerre.
  • Il n'a pas eu de responsabilité directe dans l'élaboration du plan XVII, conçu entre 1911 et 1913 et inspiré par Foch (qui néglige le risque de voir les allemands passer par la Belgique et qui ne juge pas utile de mobiliser les troupes de réserve pour les utiliser avec les troupes d'active) mais comme Galliéni et Lanrezac, Berthelot pensait que le gros de l'armée allemande passerait par la Belgique et il s'est efforcé de modifier le Plan XVII pour déplacer le centre de gravité de l'armée vers l'ouest, sans succès. En effet,, tous les officiers supérieurs de l'époque  pensaient  l'Allemagne incapable de mélanger troupes d'actives et troupes de réserve pour disposer de suffisamment de troupes pour contourner les armées françaises par le Nord-Ouest, C'est un des grands succès de propagande allemands avant guerre d'avoir forgé puis accrédité l'idée que leurs troupes de réserves étaient incapables de se battre.
  • il a dirigé les opérations du mois d’août jusqu’à mi-novembre 1914, qui furent les mois les plus meurtriers de la guerre (a cause principalement de l'emploi concentré par les allemands de l'artillerie lourde et des mitrailleuses sur les vagues d'assaut françaises). Certains férus d’histoire ont pu qualifier Henri Mathias de « mauvais génie de Joffre » durant cette période critique de l’entrée en guerre, parfois inspiré par les mémoires de trois officiers supérieurs limogés en août 1914. Des observateurs comme Lanrezac ou le Maréchal French, ou des historiens anglo-saxons, dont Glenn Torrey,  ont écrit au contraire qu'Henri Matthias Berthelot avait constitué l'épine dorsale du GQG sur les mois d'août et septembre 1914. A ce moment, Cousin Henri a fait preuve d'un optimisme inoxydable malgré la retraite depuis la Belgique du 20 août au 6 septembre, et l'histoire lui a donné raison ! C'est sur demande expresse du Président Poincaré, qui cherchait un bouc émissaire et qui n'avait pas apprécié les commentaires peu flatteurs d'Henri Matthias à son encontre juste après la victoire de la Marne, où Poincaré a mis une semaine pour réagir, sans témoigner un mot pour les soldats. A cette époque encore, le Président de la République voyait dans le Généralissime un concurrent pour le pouvoir suprême.

Après l’entrée en guerre et son douloureux apprentissage de la conduite des hommes au combat, Henri Matthias s’est distingué par la suite en jouant un rôle clé dans l’enfer de la Somme en 1915 (prise du Labyrinthe), puis dans l'offensive de Champagne en septembre octobre 1915, puis à Verdun de mars à juin 1916 (ses hommes ont défendu le Mort Homme), puis en réorganisant avec brio l’armée roumaine en 1917 avant de la conduire à la victoire, puis en jouant un rôle important en septembre 1918 à la tête de la 5ème armée et en perçant le front allemand à deux reprises (en particulier les combats sur la Vesle et l'Ailette) et enfin à la tête de l’armée du Danube pour libérer la Roumanie et lui assurer la conquête des provinces qui lui avaient été promises.

Voici les étapes clés de la carrière d’Henri Mathias :

Il a été un acteur clé de la mise en oeuvre du PLAN XVII, qui comportait hélas plusieurs failles béantes

Le Plan XVII était le plan de mobilisation et de concentration de l’armée française en cas de guerre avec l’Allemagne.  En tant que proche collaborateur de Joffre, il a hérité de la mise en œuvre du PLAN XVII, en tant que premier sous-chef d’état-major à l’Etat-Major de l’Armée (EMA). Ce serait le Général de CASTELNAU, à l'époque Major Général (chef d'Etat MAjor), qui aurait conçu ce plan.  Ce plan partait de l’hypothèse que les allemands attaqueraient les premiers, en venant par l’est. L’hypothèse du passage par la Suisse avait été écartée (trop bien défendue), l’hypothèse du passage par la Belgique également (car l’Allemagne ne violerait pas la neutralité belge, et parce que l’Allemagne n’avait pas assez de soldats).

En dépit de tous les indices (dès 1904, le plan Schlieffen d’attaque des allemands qui  prévoyait que l’attaque passerait par la Belgique était connu des français, dès 1908 les travaux de renforcement du réseau ferré allemand montraient que l’attaque viendrait par la Belgique, dès juillet 1914 avec l’appel massif des réservistes allemands, dès le 4 août avec l’invasion de la Belgique,etc..), Henri Mathias a défendu la thèse d’une attaque par l’est. Alors que le Général Lanrezac, à la tête de la 5ème armée (l'armée française la plus à l'ouest du dispositif, et celle sur la trajectoire de l'invasion allemande) avait alerté l'Etat Major dès le mois de juillet puis début août, il a fallu attendre entre le 15 et le 20 août 1914 pour que l'Etat Major se rendent à l'évidence..une semaine trop tard.... Cousin Henri aurait décidé, une semaine plus tôt , de faire monter la Vème armée pour venir en aide aux Belges, on peut imaginer que la guerre de tranchées se soit livrée partiellement en belgique.....

Or les allemands avaient des sur effectifs de sous-officiers et d'officiers d'actives qui leur ont permis d’incorporer leurs troupes de réserve avec les troupes d’active, donc ce qui leur a donné les masses de manœuvre suffisante pour déborder les armées françaises par le nord ouest. C'est une des grandes réussites des services de renseignement allemands d'avoir laissé croire aux français que leurs troupes de réserves étaient incapables de se battre. Ce serait une des plus grandes réussites du renseignement allemand de l'époque que d'avoir dressé un portrait peu flatteur des troupes de réserves allemandes, en utilisant la crédulité de l'attaché militaire français à Berlin.

Il a été le véritable maître des opérations à l’entrée en guerre en 1914

Cousin Henri avait une capacité de travail peu commune, une mémoire prodigieuse et un optimisme communicateur. Malgré ses fonctions de numéro 3 du GQG, il s'est imposé très vite comme le rempart face aux allemands et le responsable des opérations militaires. Il a connu de nombreux détracteurs, donc les témoignages sur Cousin Henri sont parfois sujets a caution. Nous avons cependant sélectionné trois témoignages sur la personnalité d’Henri Mathias et la façon dont il a géré les premières semaines de la guerre :

Le colonel DUPONT, qui deviendra chef du 2ème bureau pendant la guerre (Renseignement) :  dira de l'intéressé dans ses mémoires :
« Cet homme, à l'intelligence extraordinaire, avait l'esprit bourré d'idées fausses [...]. Quelle curieuse figure que celle du général Berthelot. D'une intelligence rare, d'une facilité d'élocution et de rédaction exceptionnelle, d'une mémoire invraisemblable, il faisait l'admiration de tous. Lors de voyages d'état-major, sans regarder les cartes, qui paraissaient imprimées dans sa tête, il dictait les ordres sans se reprendre avec une précision remarquable. Nous trouvions tout cela fantastique. Mais cet homme avait un jugement étrangement faux. C'est lui qui avait contribué à lancer l'offensive « en gants blancs ». Il ne voulait tenir aucun compte de l'efficacité des armes modernes [...]. On se serait cru sous l'Empire. C'était le théoricien dans toute sa fausseté ; aucune notion de l'effet moral, de la valeur de la troupe, du temps. Pour lui, le soldat était un pion sur un échiquier. Le pays n'était qu'une carte sans population et sans villes et les échecs ne le rebutaient pas. Son optimisme était sans défaillance. Quand sa manoeuvre avait échoué et quand il avait tout fait craquer, il utilisait les restes avec un sang-froid imperturbable »25.

Le général BUAT (qui exerça les mêmes fonctions qu’Henri Mathias de janvier à mai 1916 et qui fut Major Général (responsable de tout l’Etat Major) à partir de juillet 1918, écrira :

« Le travail de l’Etat Major, en ce qui regarde le 3ème Bureau [les opérations] tout au moins, me semble singulièrement conçu. En fait le Général Berthelot, aide major général chargé des opérations, a concentré tous les pouvoirs. Il décide de tout, rédige lui-même les instructions ou les ordres. […]. Le Général Belin, Major-Général, ne remplit ces fonctions que nominalement. Il apparait, sans regrets apparents, dans l’ombre puissante de Berthelot ; il donne tout a fait l’impression d’un homme accablé par l’immensité de sa tâche. Quant au 2ème Aide-Major Général, le général Desprez, il est strictement confiné dans les questions de service courant et de 1er Bureau [matériel].

Dans la pièce où il tient ses assises, Berthelot offre un spectacle peu banal ; en pantoufles à la poulaine, revêtu – si l’on ose dire – d’une sorte de houppelande – assez semblable à celle dont font usage les peintres en bâtiment, il mène les affaires avec une désinvolture surprenante. D’aucuns prétendent qu’il ne travaille que sur carte blanche, sans aucune figure de terrain ; on dit aussi qu’il ne s’éloigne jamais de sa chaise, même pour des besoins pressants, cette chaise étant percée. Seul, il prend ses repas avec le Général en chef ; les autres font table à part, au gré des affinités.

Ceci étant, tout le monde converge d’inclination vers Berthelot, qui donne fortement l’impression de mener le drame. »

Le député du Calvados : Fernand Engerand a écrit en 1926 un livre sur le Général Lanrezac, ce livre a été publié chez Bossard. Extraits de l’ouvrage : 

« Le Général Berthelot, aide-major général en août 1914, et dont M. Messimy, ministre à cette époque, a justement dit devant la commission de Briey qu'il fut le " véritable chef des opérations ", déclarait ainsi le 19 août à M. Messimy en personne : " Plus nous aurons de monde à notre gauche, mieux cela vaudra ; cela nous permettra de mieux enfoncer leur centre ". (Chambre des Députés, 1919. Procès-verbaux de la Commission d'enquête sur la défense du bassin de Briey).) […]

« Le 14 aout, Lanrezac y va en personne : à 13 heures, il voit le général Joffre, assisté du major général Belin et de l'aide-major général Berthelot, à qui il expose ses craintes que les Allemands ne prennent l'offensive en grandes forces par la rive gauche de la Meuse, et le danger qui en résulterait pour l'aile gauche de son armée. Le général Joffre et ses deux collaborateurs répondent : " Nous avons le sentiment que les Allemands n'ont rien de prêts par là. "[…]

Dès le 14 aout au matin cependant, le GQG savait que les allemands cherchaient à contourner l’armée française par l’ouest  et ceci n’a pas été annoncé à Lanrezac (interrogé sur le fait que le G. Q. G. aurait assuré à un commandant d'armée qu'il avait devant lui moins de forces que le dit G. Q. G. savait qu'il en avait en réalité, le général Berthelot répondait :

" Devant l'hésitation que certains éléments montraient à l'attaque, il y avait parfois utilité à leur dire : allez, vous avez devant vous moins de monde que vous croyez. Cela c'était dans un but d'intérêt général, et non pas d'intérêt particulier. Il est certain que dans une attaque, il y a des troupes plus ou moins sacrifiées : il faut tout de même qu'elle attaquent, même si elles ont affaire à des troupes supérieures. Si on n'attaquait que quand on est sûr que l'ennemi est plus faible, on n'attaquerait pas souvent ". (Chambre des Députés. Procès-verbaux de la Commission de Briey, 1re partie, p. 132).) […]

Le 15 août, à 8 heures, le général Berthelot lui téléphonait que le général en chef l'autorisait " à disposer en vue de porter deux corps en plus du 1er corps dans la direction du Nord pour répondre à l'éventualité envisagée par le général Lanrezac dans sa lettre du 14 août, 14 heures, mais que le mouvement ne sera exécuté que sur l'ordre du commandant en chef ". Lanrezac donne aussitôt ses ordres en vue d'effectuer, dès, le lendemain, ce difficile déplacement général de son dispositif vers le Nord-Ouest ; mais, hélas ! il était trop tard ; le retard d'une idée entraînait le retard d'une armée ! […]

Le Général Berthelot, déclarait ainsi le 19 août à M. Messimy (ministre) en personne : " Plus nous aurons de monde à notre gauche, mieux cela vaudra ; cela nous permettra de mieux enfoncer leur centre ". (Chambre des Députés, 1919. Procès-verbaux de la Commission d'enquête sur la défense du bassin de Briey).). […]

[Lanrezac et la 5e armée sont montés trop tard vers Charleroi, puis débordés par les allemands a entrepris une retraite par étapes vers Saint Quentin. Avec les anglais à sa gauche.]

Le 27 août, le général Joffre avait signé l'ordre suivant, écrit de la main de l'aide-major général Berthelot. " N° 2.500. 27 août (sans indication d'heure). Commandant en chef à commandant armée, Marle. De certains renseignements reçus, il apparaît que des éléments des 7e et 9e corps, faisant partie de la 2e armée allemande qui vous est opposée, sont laissés devant Maubeuge. Il est donc possible de venir en aide à l'armée anglaise en agissant contre les forces adverses qui se porteraient contre elle à l'Ouest de l'Oise. En conséquence vous porterez votre gauche demain matin entre l'Oise et Saint-Quentin pour attaquer toutes forces ennemies marchant contre l'armée anglaise. JOFFRE ". […]

[Alors que Lanrezac comptait sur les anglais (promesse de Haig) pour attaquer en même temps, le maréchal French s’est dérobé en mettant ses troupes au repos. Les tensions résultantes entre Lanrezac et French d’une part, et l’obstination de Lanrezac à avoir eu raison sur toute la ligne contre l’avis de Berthelot auront raison de Lanrezac, qui sera remplacé brutalement par Franchet d’Esperey  début septembre, et « limogé ».

Lanrezac a pu livrer le 29 aout une bataille à Guise, qui fut une victoire car elle bloqua l’armée allemande plusieurs jours, et elle incita la 1ère armée de Von Kluck à bifurquer vers l’est (pour chercher à anéantir Lanrezac qui se dérobait) en passant à l’est de Paris. Ce faisant, l’armée de von Kluck s’est exposée sur son flanc à la garnison de Paris commandée par Galliéni.]

« Jusqu'où la retraite devait-elle être prolongée? Au G. Q. G. le général Berthelot, aide-major général, avait émis l'opinion très nette que la retraite devait aller jusqu'à la rive gauche de la Seine. Là on pourrait se réorganiser; on se lierait à l'armée anglaise qui s'était repliée d'abord derrière la Marne et qui devait ensuite se porter vers Melun et Fontainebleau ensuite on repasserait à l'offensive. […]

[Le 2 septembre, au plus fort de la retraite, à une réunion du cabinet de Joffre, ] le général Berthelot […]  défendit sa thèse : le repli derrière la Seine. Il fit remarquer que, depuis la Sambre et la Semoy, les troupes se battaient, qu'elles étaient très fatiguées, que dans leur état actuel elles étaient incapables d'aucun effort, qu'il était indispensable de leur donner quelques jours de répit et que, pour atteindre ce résultat, il fallait les mettre à l'abri derrière un obstacle, la Seine. Si l'on s'arrêtait une fois la Marne passée, on ne pourrait s'accrocher à aucun accident de terrain. Engager dans ces conditions une grande bataille dont dépendrait le sort de la France, c'était courir un gros risque, alors qu'en attendant quelques jours, on pouvait espérer des circonstances plus favorables. ».

 

Il fait ses armes sur le terrain en 1915 puis à Verdun

 

Première « disgrâce » du Général, fusible de Joffre, Le Président Poincaré  lui reproche ses critiques et lui fait porter le chapeau des échecs d’août 14, il est rétrogradé en novembre 1914 et quitte l’Etat-Major. Mais il récupère un Corps d’Armé (alors qu’il n’a jamais commandé plus qu’un régiment)…. En janvier 1915, à la bataille de Crouy (près de Soisson), manque de chance inouï, l’attaque qu’il dirige surprend les allemands qui s’apprétaient à attaquer avec une forte concentration de troupes et alors que l’aisne est en crue. Bref, une déroute, il donne l’ordre à ses troupes de se replier. IL s'agit de la première victoire allemande depuis la Marne, les observateurs étrangers pensent que Paris va tomber d'un jour à l'autre, l'Assemblée Nationale s'affole, il faut un responsable. Maunoury, le supérieur de Henri Matthias Berthelot et celui qui a dirigé les opérations, utilise cousin Henri comme fusible. Et hop, nouvelle « disgrâce », à nouveau pénalisé on lui retire son corps d’armée.

En mai et juin 1915, il se distingue dans la Somme avec une division de réserve en prenant un espace fortifié jugé inexpugnable, le Labyrinthe, dans un combat de plus d'un mois au corps à corps dans lequel le souci d'organisation et la tactique adoptée par Berthelot font merveille (jusqu'à 30.000 grenades employées en une journée là où ses collègues ne croyaient pas à cette arme).

En Juillet 1915,  il récupère le commandement d’un Corps d’Armée. IL est engagé dans l'effroyable offensive de Champagne ou l'obsession de Joffre pour réaliser la fameuse percée et chasser les allemands jusqu'à la Baltique tourne court dans un bain de sang. De toutes les batailles de la Grande Guerre, l'Offensive de Champagne de septembre 1915 a laissé une trace avec ses nombreux morts, et plus particulièrement l'affaire de la tranchée des Tantes, où un nombre important de soldats français, croyant au succès de la percée, ont été jeté dans la mélée dans un goulot arrosé par de nombreux nids de mitrailleuses. Ce sont les troupes du 32ème Corps d'armée de Berthelot qui ont fait les frais de ce drame.

Et de mars à juin 1916, il est dans la fournaise de Verdun, en charge de tenir le Mort-Homme et la cote 304. Dans les conditions les plus extrêmes, son optimisme et son souci des conditions de vie et de combat des soldats lui permettent de reprendre l’ascendant sur ses hommes et de tenir en mars puis avril 1916, dans des conditions effroyables. 

IL a été à plusieurs reprises sous les ordres de Généraux qu'il avait critiqué en aout et septembre 1914 (Maunoury, de Castelnau, de l'Angle de Cary) et qui ne lui ont fait aucun cadeau par la suite.

 

Puis la Première mission Roumaine en 1916-1917

 

Le 20 septembre 1916, il est nommé à la tête de la mission française en Roumanie, pays dans lequel il arrive le 15 octobre 1915 pour participer rapidement à un premier exode, suite à une entrée en guerre désastreuse de la Roumanie face aux Bulgares et aux allemands. S'en suit alors un travail méthodique de réorganisation de l(armée roumaine qui lui permet fin 1917 de remporter des premiers succès et fixer sur le front Roumain 40 divisions ennemies pendant trois mois contribuant a faire baisser la pression sur les autres théâtres.…  Jusqu’à la débandade des troupes russes, qui lâchent les Roumains suite à l’armistice avec les allemands. Contre l’avis des alliés, les Roumains signent un cesser le feu (donc redeviennent neutres). Le Général quitte la Roumanie début 1918 sur un constat d’échec vu de Paris (troisième « disgrâce » en fait).

 

1918 aux USA, en Champagne puis à nouveau en Roumanie

Berthelot va participer à une mission militaire aux Usa qui prépare l’entrée en guerre des troupes américaines. Puis il se voit confier en septembre 1918 la 5ème Armée, où il participe activement à l’effondrement des lignes allemandes, avant d’être rappelé le 7 octobre 1918 en Roumanie.

Il retourne en Roumanie pour contribuer à donner le coup de grâce à l’empire austro-hongrois, en association avec Franchet d’Esperey (il était sous ses ordres mais il prenait en fait ses ordres de Paris). Au milieu de l'effondrement de l'ennemi dans les balkans, et face à la menace bolchévique en Hongrie et en Ukraine, les troupes Roumaines constituent la seule armée disponible pour les alliés pour éviter une guerre civile en HOngrie et contenir la révolution russe dans ses frontières. La Roumanie en profite, avec la bénédiction de la France, de l'Angleterre et des USA, à doubler de taille (au détriment de la Bulgarie, de la Hongrie et un peu de la Serbie). POur ces différentes raisons, la Roumanie voit aujourd'hui le Général Berthelot comme son plus grand chef militaire ! Franchet d'Esperey ne supporte pas ce collaborateur qui prend ses ordres à Paris.

En1919 : il commande l’armée du Danube pour lutter contre la russie bolchévique. Il est finalement relevé de ses fonctions (quatrième « disgrâce » si je compte bien). Il deviendra ensuite Gouverneur Militaire de Metz puis Gouverneur Militaire de Strasbourg.

Ses collègues officiers supérieurs se moquaient de lui à cause de son embonpoint et suggéraient qu’il ne pouvait tenir à cheval. Il a laissé le souvenir d’un homme du peuple,   soucieux du bien-être de ses hommes, capable de les motiver. Il savait leur parler. Il a passé la moitié de sa vie militaire à l’Etat-Major.

Il a donné à la Roumanie d’importantes conquêtes territoriales sur la Hongrie et il a été fait citoyen d’honneur de la Roumanie. Un village y porte son nom. Une plaque à Nervieux marque sa maison natale, et un buste à Strasbourg rappelle son souvenir, fleuri chaque 1er décembre(fête nationale) par le Consul de Roumanie à Strasbourg.

  

Village Roumain de 1000 habitants qui porte son nom

 

 Acte de naissance d’Henry Mathias Berthelot